Rencontres : LACAN & VOLTAIRE

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Voici une extrait de “rencontres au coin du bar d’ailleurs”. Il était déjà tard. Je me trouvais assez éloigné et j’étais hypnotisé par le noeud papillon de cet homme, en face de moi, dont les gestes semblaient dessiner en permanence la silhouette qui me tournait le dos. Un hippie aux cheveux longs, ondulés, qui tombaient sur des épaules couvertes d’une cape aux motifs de tapisserie du 18ème siècle. Intrigué, je m’approchais de quelques tabourets, mon oreille de quelques tabourets supplémentaires. Le hippie était Voltaire et sous la lumière, la tête qui se dodelinait au dessus du noeud papillon était celle de Lacan…

LACAN:

- Je me suis éloigné pendant plusieurs années de tout propos de m’exprimer.

VOLTAIRE:

- J’ai travaillé pendant quarante ans à rendre service aux lettres. Je n’ai recueilli que des persécutions, j’ai du m’y attendre; et je dois les savoir souffrir.

LACAN:

- Faut-il dénoncer là quelque défaillance à ce qu’exige de nous le mouvement du monde, si de nouveau me fut proposé la parole, au moment même où s’avéra pour les moins clairvoyants qu’une fois encore l’infatuation de la puissance n’avait fait que servir la ruse de la Raison?

VOLTAIRE:

- Je suis très persuadé des sentiments que l’on conserve et des raisons que l’on croit avoir. Je réponds assez des choses dont je suis le maître mais je ne réponds pas de ce qui dépend du caprice et de l’injustice des hommes.

LACAN:

- Du moins ne pensé-je point manquer aux exigences de la vérité, en me réjouissant qu’ici elle puisse être défendue dans les formes courtoises d’un tournoi de parole.

VOLTAIRE:

- J’ose me regarder comme votre ami. Point de cérémonies pour les gens qui aiment.

LACAN:

- Ceci va de soi au reste, et je ne fais ici que poser en manière liminaire la frontière que j’entends mettre entre nous.

VOLTAIRE:

-Vos attentions prévenantes me sont d’autant plus sensibles qu’elles servent à me consoler des afflictions attachées à la condition humaine.

LACAN:

-Rien de plus redoutable que de dire quelque chose qui pourrait être vrai. Car il le deviendrait tout à fait, s’il l’était, et Dieu sait ce qui arrive quand quelque chose, d’être vrai, ne peut plus rentrer dans le doute.

VOLTAIRE:

-On dit que vous employez votre loisir à faire des ouvrages utiles qui me donnent une grande espérance, et beaucoup d’impatience.

LACAN:

- Les écrits emportent au vent les traites en blanc d’une cavalerie folle. Pour une telle oeuvre, le sentiment altruiste est sans promesse pour nous, qui perçons à jour l’agressivité qui sous-tend l’action du philanthrope, de l’idéaliste, du pédagogue, voire du réformateur.

VOLTAIRE:

- Vous êtes donc aussi comme l’un de nous, et les tempéraments suisses se ressentent donc de l’humanité! mon cher Monsieur, puisque suos patimur manes (*). Que chien de métier vous faites! Pourquoi les gens qui pensent ne peuvent-ils pas vivre ensemble?

LACAN:

- Il vaut souvent mieux ne pas comprendre pour penser, et l’on peut galoper à comprendre sur des lieues sans que la moindre pensée en résulte.

(*) Chacun de nous subit ses âmes.

Toutes les phrases sont extraites d’ouvrages de leurs auteurs et … de leurs contextes!

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